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  • Photo du rédacteurNathalie986

G1/ Chapitre 8 : mises au point


Le soir, après le travail, je rentre dans mon havre de paix où mes deux amours vaquent à leurs occupations.

Angélique poursuit la lecture de ma biographie avec grand intérêt, ce qui me réjouis immensément.


Elle passe aussi beaucoup de temps sur sa tablette et lui sourit même bêtement parfois. Je m’interroge de plus en plus sur ces discussions virtuelles dont elle ne nous parle pas.

Elle est très secrète sur ces relations à l’école, aussi me demandé-je si elle a des amis mais je suis persuadée qu’elle en a au moins un !


Un matin, alors que je me prépare dans la salle de bain avant d’aller au travail, je reçois un appel de Nina, une des filles de Katrina. En larmes, elle m’apprend que sa maman est décédée dans la nuit. Elle s’est éteinte dans son sommeil, sanglote-t-elle, elle n’a pas souffert.


Je suis anéantie. J’appelle le cabinet et leur dis que je suis malade, que je ne pourrai pas venir travailler. Puis je me réfugie dans ma chambre, le cœur chagriné.


Je reste ainsi cloîtrée une semaine durant. Christophe a bien essayé de venir me remonter le moral à plusieurs reprises mais j’étais inconsolable.


Katrina, mon amie…


Je repris le travail une semaine plus tard, décidée à me ressaisir. Je ne pouvais rester dans cet état léthargique indéfiniment.


La journée terminée, je rentrai à la maison, comme d’habitude mais je fis demi-tour pour me rendre à Oasis Spring chez les filles de Katrina. Sa tombe était là…


Je ne sais pas combien de temps j’ai pleuré devant mais quand j’eus fini, j’ai pu dire au revoir à mon amie. Je me sentais un peu mieux.


Quelques temps après, je repris mes explorations. Il y a tant de coins que je n’ai pas encore vus à Oasis Spring. C’était la ville de mon amie disparue. J’entrepris donc de partir à sa découverte.


C’est aussi la ville dans laquelle j’avais laissé mes parents en arrivant dans ce nouveau monde. J’ai appris leur décès il y a quatre dans les chroniques de la ville.


Je suis surprise de trouver dans cette ville que je croyais complètement désertique, quelques endroits de verdure et de l’eau, des endroits si beaux qu’ils méritent que l’on s’y attarde vraiment.


J’adore m’asseoir sur un banc et profiter de la splendeur de ces paysages, en prendre plein les yeux, dans le calme. Comme à mon habitude, c’est tôt le matin, avant que la vie ne reprenne son cours, que je préfère saisir la quiétude ambiante


Angélique travaille toujours d’arrachepied. Lorsqu’elle ramène un projet scolaire, nous sommes là pour l’aider et lui donner quelques tuyaux afin de mieux réussir. C’est aussi l’occasion de nous retrouver tous les trois et de partager des moments conviviaux.


Christophe et moi essayons aussi de nous réserver des instants rien qu’à nous, et ceux-ci sont toujours aussi agréables qu’autrefois. C’est ce qui fait la force de notre couple.


Un samedi après-midi, nous avons même filé au Jus de Crotale pour y boire un verre de nectar et trinquer à notre bonheur. Nous n’y avions pas remis les pieds tous les deux depuis notre première soirée, le jour de notre rencontre.


Nous avons fini sur leur terrasse à palabrer durant des heures, uniquement accaparés l’un par l’autre.


Et, alors que nous allions rentrer à la maison, nous nous sommes arrêtés sur un banc de l’autre côté de la rue, juste pour prolonger ce magnifique après-midi.


Nous avons encore parlé et flirté…


Nous nous sommes amusés comme deux gamins.


Seuls au monde, dans notre bulle de félicité.


Une fois à la maison, je sifflote, guillerette, tout en préparant le dîner lorsque j’entends la voix d’Angélique au milieu d’autres que je ne reconnais pas.


Je vais de ce pas « espionner » à la fenêtre, et je l’entrevois en pleine conversation avec un groupe de jeunes que j’aie déjà aperçus dans le quartier. Cela attise ma curiosité. J’en informe Christophe mais il n’en sait pas davantage que moi.


Je suis en train de regarder une émission de cuisine, un peu plus tard dans la soirée lorsque j’entends Christophe dire à Angélique que nous aimerions bien en savoir plus sur ses copains.


J’éteins donc la télé et me rapproche l’air de rien.

Christophe s’éloigne pour nous laisser entre filles et je lui demande sans détours qui sont ses nouveaux camarades. Est-ce que son petit copain est parmi eux ?


Elle me certifie que non, elle n’a pas de petit copain. Et que ces personnes sont juste des copains de classe avec qui elle s’entend bien : Matthias, Tanguy, Anthony et Marianne. Je ne cherche pas donc plus loin pour le moment.


Un soir, je la retrouve dans sa chambre avant qu’elle n’aille se coucher dans le but de lui narrer encore quelques-unes de mes aventures lorsqu’elle me pose une question à laquelle je ne m’attendais pas du tout.


Angélique se renseigne le plus naturellement du monde sur la façon dont on fait crac crac ! Je ne sais même pas que lui dire. Je n’étais vraiment pas préparée à cela !


- Et je ne veux même pas t’imaginer un instant dans ce genre de situation…


Que dire ? Que faire. Je lui demande pourquoi elle a besoin de savoir ces choses-là maintenant. Où est l’urgence après tout ? Y en a-t-il une, d’ailleurs ?

- C’est de la simple curiosité, Maman. Rassure-toi.


- Alors tu vois, la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu...

« Non, mais elle est en plein délire, là... »


Je ne peux pas lui expliquer ce genre de choses, pas maintenant en tous cas. Elle est trop jeune, c’est mon petit bébé…

- C’est trop compliqué pour toi. Ce sont des affaires de grandes personnes


- Et puis tu es toute petite. Tu ne peux pas faire ça ! Jamais !

- Maman...


- Et si tu fais ça, tu seras punie plus fort et plus fort encore que tu ne peux le soupçonner ! Va dormir maintenant !

Voilà ! Cette conversation plus que dérangeante a pris fin. Je vais aller me coucher.


Alors qu’Angélique se met au lit, comme je le lui ai « gentiment » demandé, je rejoins notre chambre pour me faire consoler par Christophe. Lui est très amusé par ce que je lui rapporte ! Notre fille a grandi, sourit-il, ce n’est plus une enfant. Elle a besoin de tes conseils de maman. Allez, viens dans mes bras !


Malgré le réconfort de mon mari, je dors très mal cette nuit-là. Il fait chaud et toutes mes pensées vagabondent vers Angélique. Je me lève au petit matin, encore plus tôt que lorsque je pars en exploration, sans faire de bruit. Il fait encore nuit dehors…


Lorsque j’arrive à la cuisine, Angélique est déjà là, habillée et ayant visiblement pris son petit déjeuner.


Je la salue en ayant l’air naturel et décontractée mais je me sens un tantinet crispée.

- Bonjour ma chérie !


Elle m’a préparé du pain perdu, s’inquiète de savoir s’il est à mon goût puis elle s’assoit près de moi et me dit qu’elle n’a pas énormément dormi tant notre conversation l’a perturbée.


Elle a bien entendu mon discours de la veille et retenu la leçon : plus jamais elle ne reviendra sur le sujet. Elle a des choses trop importantes à faire comme maintenir son A à l’école. Il ne faut surtout pas que je m’inquiète.


Sur ces paroles, elle se lève et s’en retourne dans sa chambre, me laissant soulagée et surtout très heureuse de ses bonnes résolutions. Ma fille m’a écoutée ! Que demander de plus ? (mais peut-être suis-je un peu trop naïve parfois ?)


La chaleur s’éternise sur Willow Creek et surtout la canicule. Cela fait un moment que nous n’avons pas eu d’orages et donc de pluie. Cela devient difficile de se rafraîchir. J’en parle à Christophe qui a justement une idée. Il a envie d’acheter un bain à remous pour que nous puissions en profiter lors de soirées caniculaires comme celles que nous avons eues ces derniers jours. La température de l’eau peut se régler, me dit-il. J’acquiesce et l’encourage complètement dans ce sens.


Le lendemain matin, le bain à remous est dans notre jardin. Les idées de Christophe ne traînent jamais longtemps au stade d’idées et se concrétisent très vite. Il m’a prévenu par sms alors que j’étais au cabinet puis est parti travailler. Nous ne le reverrons pas avant minuit. Le soir, je montre donc la surprise de son père à Angélique qui n’était plus venue de ce côté-là de la maison depuis qu’elle était enfant et jouait sur l’échelle horizontale. Elle est enchantée et encore plus je crois à la découverte du salon de jardin que Christophe a acheté pour « aller avec » le bain à remous !


Un matin, avant de partir au travail et elle, à l’école, Angélique me rejoint sur la terrasse pour discuter un peu. Elle a beaucoup lu ma biographie et souhaite ardemment que je lui donne plus de détails concernant ma « vie d’avant » ; elle veut aussi en apprendre plus sur le jardinage et désire également que je l’initie à la pêche.


Je lui explique quelques théories et lui promets de l’emmener pêcher le soir-même ! Notre arrangement lui va très bien et elle promet elle aussi de m’attendre avec impatience.


Nous partons donc travailler, heureuses d’avoir un projet commun pour la fin de journée !


Lorsque je rentre, Angélique m’accueille à bras ouverts, impatiente de commencer son initiation à la pêche.

Je ne l’emmène pas loin, juste devant chez nous. Et je lui apprends le silence, pour commencer. Indispensable si l’on veut attraper un poisson. Nous passons un moment précieux toutes les deux mais n’attrapons rien. Angélique parle beaucoup trop fort et s’esclaffe pour un rien. Elle n’arrive pas à rester tranquille et me questionne beaucoup sur ma vie à Del Sol Vallée.


Le soir, je raconte cet instant magique à mon mari qui s’empresse de partager ma joie !


Quelques jours après, Angélique rentre triomphale et nous annonce que, non seulement, elle a décroché son A au lycée mais qu’elle est aussi LA meilleure élève de la classe ! Quelle fierté pour nous ! Son père est fou de joie et je partage la fierté qu’il doit ressentir à ce moment-là.


Après cette heureuse nouvelle, Angélique nous dit devoir travailler, ce qui nous arrange étant donné que nous avions prévu de faire quelques brasses dans la piscine puis de boire un cocktail sur la terrasse.


Je claironne ma joie à Christophe à propos des notes d’Angélique. Lui aussi est ravi mais, étant donné qu’il se trouve plus souvent à la maison que moi, il a aussi constaté quelques petits changements chez notre fille.


Elle passe beaucoup de temps devant son ordinateur (le mien, celui que je lui ai offert car j’en voulais un plus performant pour moi) et elle discute à voix haute, me dit-il. Même plus que haute parfois. Et je l’entends aussi hurler toute seule sur tout et n’importe quoi. C’est très fatigant parfois.


C’est l’adolescence, lui dis-je. Cela ne l’empêche pas d’être sérieuse. Regarde par la fenêtre. Tu ne la vois pas ? Elle mange en travaillant…


Angélique qui mangeait tranquillement dans la cuisine à ce moment-là, me dira plus tard qu’elle avait entr’ouvert la fenêtre et ne perdait rien de ce qui se disait entre son père et moi. Et elle ne travaillait pas…. Elle n’en avait pas envie.


Quoi de plus beau que l’adolescence, continué-je. Le lycée, les copains d’école, les devoirs, les séries télé…

Christophe me regardait comme si je parlais extra-terrestre.


Et que dis-tu des petits copains ? me répond-il. Des premiers amours, de toutes ces choses interdites que l’on a plaisir de faire à cet âge-là ? C’est moins fun, tout d’un coup, non ? Effectivement... vu sous cet angle...


Angélique souriait. « mes parents s’aiment tellement… J’en ai de la chance. »


Le lendemain, j’essaye quand même de discuter avec ma fille en lui disant que ce comportement n’est pas adapté à ce que l’on attend d’elle. Il faudrait qu’elle arrête de faire autant de bruit, et surtout, qu’elle arrête de crier des mots interdits devant son ordi. Mais je crois qu’elle s’en fiche royalement.


Alors je l’emmène dans sa chambre afin qu’elle fasse ses devoirs qu’elle n’a toujours pas faits ! « Il ne suffit pas d’obtenir un A », lui dis-je un peu brutalement. « Le tout est de garder la note et le niveau. »


Son père nous a rejoint mine de rien, et s’est installé sur son ordinateur sur un prétexte fallacieux, prêt à intervenir si besoin. Je le sens énervé…

Nous finissons les devoirs et le travail supplémentaire puis nous fait connaître son mécontentement. Elle a l’impression que nous la surveillons. Nous nions bien sûr, mais c’est bien le cas.


Angélique passe son temps à écouter de la musique à un volume excessivement exagéré et ce, même au milieu de la nuit. Elle m’a déjà réveillée ainsi deux nuits consécutives, et j’ai été obligée de me lever pour lui dire de couper son bastringue !


Même ce matin, cela recommence avec le volume de la télé à fond ! C’est insupportable !

Christophe, qui me voit fatiguée et fébrile, sûrement autant que lui, et essaye de temporiser la situation.


Je lui fais part de la nuit d’enfer que je viens encore de vivre et hurle à Angélique de baisser la télé, ce qu’elle fait aussitôt.

Je n’en peux plus, je suis épuisée.

- Je vais faire attention, Maman, promis !


Notre fille promet qu’elle ne mettra plus le son aussi fort, et bien sûr, Christophe la croit.

- Ben voilà, tout est arrangé !

Tout est arrangé ? Je n’en suis pas persuadée...


Je les plante là, vais me changer puis je file me ressourcer, seule, à Oasis Spring, histoire de me changer les idées. J’ai besoin de m’aérer et la beauté de la nature a toujours réussi à m’apaiser.


Le soir même, je décide d’aller me coucher tôt pour rattraper mes précédentes nuits courtes. Christophe n’est pas encore rentré du travail et je trouve Angélique sur la terrasse en train de faire ses devoirs.


Je lui demande de ne pas mettre de musique ce soir.

Mademoiselle a le toupet de me montrer son agacement en me disant que je suis sans arrêt sur son dos.


Je suis bien trop fatiguée pour entrer dans son jeu. Je lui souhaite bonne nuit et lui intime l’ordre de respecter ma consigne.

Elle me regarde sans mot dire et murmure un bref « je suis désolée ».


Je dors depuis longtemps d’un sommeil de plomb lorsque Christophe rentre à la maison, tendu et éreinté par sa longue journée.

Il me racontera avoir entendu du bruit provenant de l’arrière de la maison et découvert qu’Angélique avait invité des amis pour « faire une soirée bain à remous » ! Il était comme fou.


Tout ce petit monde riait et parlait fort en plein milieu de la nuit ! Il les a mis dehors sans ménagement puis est allé s’expliquer avec sa fille.


« Qu’est-ce que c’est ce bazar, Angélique ? Te rends-tu compte que ta mère dort et que les voisins dorment aussi ? ».

La punition est tombée : plus de sortie, plus d’ordinateur et surtout, plus de copains à la maison jusqu’à nouvel ordre.


La vie a repris son cours normalement sans plus aucun incident. Angélique s’est remise à lire et à travailler sérieusement et nous avons regagné une sérénité telle dans la maison que notre couple est reparti de plus belle.


Cette petite mise au point a fait du bien à tout le monde.


Ce qui me fait surtout plaisir est que nous avons retrouvé le goût des moments en famille, de ces moments partagés emprunts d’amour, de complicité et de convivialité. Ils m’avaient tant manqués.


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