top of page
  • Photo du rédacteurNathalie986

G4/ Chapitre 9 : triste mariage et nouvel amour


Quentin m’accueillit avec le sourire mais le ton de sa voix ne me trompait pas.

- Ta soirée s’est bien passée ?

- Oui, très bien


- Nous avons même rencontré ta sœur. Du coup, on a passé la soirée avec elle.

- Je le sais.


- Et tu sais comment je le sais ? Parce qu’elle m’a téléphoné il y a deux heures de ça ! Où étais-tu ?

- Dehors...


- Dehors ? Dans cette petite robe noire affriolante ! Fais attention Michèle !

- Je n’ai rien fait de mal !


- Il vaut mieux pour toi ! Parce que tu risquerais vraiment très gros !


Je me suis calmée pour lui répondre doucement ? et lui aussi s’est en même temps calmé.

- Je te promets que je n’ai rien fait de mal. Ta sœur était là. Elle pourra te le dire.

- Non parce que lorsqu’elle est revenue des toilettes, tu n’étais plus là.


- Si elle était sortie du bar, elle m’aurait trouvée... Je n’étais pas loin. J’étais assise sur un banc, seule, à profiter du calme ambiant. Il y avait bien trop de monde, et de bruit dans ce bar. Et tu sais combien j’aime être dehors. Ensuite, je suis rentrée à pied.

- D’accord. Ça va pour cette fois. Mais la prochaine fois, essaye de me prévenir pour ne pas que je m’inquiète.


- D’accord. Je ferai ça.

- Bien. Je vais aller dormir maintenant. Je suis crevé !


Je m’en étais vraiment bien tirée pour ce soir. Je laissais Quentin se coucher tout seul, pris une douche, me mis en pyjama, et décidai de passer une soirée tranquille, avec mon ordinateur. Cela arrivait si rarement qu’il n’était pas question que je laisse passer l’occasion.


La semaine suivante, Claire et moi organisions une réunion familiale chez moi, sans Quentin.


Il était convenu que tout le monde repartirait avant que mon mari ne rentre.


Bastien m’avait proposé de jouer les mixologues de service.


Il voulait s’assurer que tout se passe bien en cas de retour anticipé de Quentin. Il avait peur pour moi. Tout comme mes frères et ma sœur, j’en ai bien l’impression.


- Ce gars va finir par la frapper, j’en suis persuadé ! disait Olivier à Claire.


- Je pense comme toi...

- Ce type est un fou furieux, ajouta Charles.


- Bastien, qu’en penses-tu ? l’interrogea Claire.

- Vous pourriez aborder un autre sujet ? Il y a des enfants ici... leur demandai-je.


Bastien répondit cependant :

- J’avoue que je ne suis pas tranquille... Mais je ne pensais pas que c’était à ce point... J’en rediscuterai avec Michèle.


- Nous n’étions pas dans la même classe à l’école primaire ? demanda Alistair à Bastien.


- Oui. Je me rappelle de toi. Tu étais toujours avec un garçon qui s’appelait Barnabé.

- Oui... On s’est perdu de vue au lycée lui et moi.


La petite fête de famille était très réussie. Tout le monde parlait avec tout le monde, et avait l’air d’apprécié les victuailles que j’avais mis à leur disposition sous forme de buffet. Amandine était très enthousiaste :

- On devrait se réunir plus souvent comme ça. C’est tellement agréable de tous se retrouver.

Alistair et Bastien continuaient à se remémorer leurs souvenirs d’école :

- Nous étions de jeunes idiots à l’époque !

- Tu l’as dit !


Je mis de la musique pour que l’ambiance soit encore plus festive. J’avais le cœur à m’amuser. J’apercevais Bastien toujours en pleine conversation avec Alistair. Ils avaient l’air d’avoir beaucoup de choses à se dire.


Mes nièces se mirent à danser sur le rythme d’un air pop.


- Alors les filles, on s’amuse bien ?

- Oh oui !


- C’est une très bonne idée la musique Michèle, me complimenta Elsa.

- Ça égaye un peu, c’est vrai.

- Je suis d’ailleurs étonné que Charlie ne soit pas déjà en train de danser... s’étonna Claire.

- Oh mais je ne vais pas tarder ! s’exclama celui-ci.


- Allez Tonton Charles, viens !

- Allez Papa !!

- J’arrive, les filles !


- Oh la la, j’ai beaucoup trop mangé aujourd’hui ! se plaignit Claire

- Viens danser avec nous, ça va te faire du bien.

- Non. Je suis trop lourde !


- Elsa, je suis contente que tu n’aies pas été dérangée par ton astreinte !

- Et moi donc ! Mais j’ai porté mon uniforme pour rien !


Tout le monde s’amusait mais l’heure approchait... Il me fallut mettre un terme à notre réunion de famille. Olivier m’aida et Bastien partit le premier pour entraîner tout le monde.

- Allez tout le monde, il est l’heure ! On rentre tous à la maison !


Cela me faisait mal au cœur de les voir partir mais je n’avais pas le choix...

- Au revoir. Merci à tous !


- Veux-tu que je reste t’aider à tout ranger ?

- Non, ne t’en fais pas, je vais me débrouiller. J’ai encore du temps.


Lorsque je me retrouvai seule, je constatai l’ampleur de la tâche. Il me restait une heure pour tout remettre en ordre. Quentin ne devait pas se douter qu’il y avait eu une fête ici.


Je me mis tout de suite au travail. Ce n’était pas le moment de traîner.


Je savais que mon mari serait fou furieux s’il apprenait que j’avais reçu toute ma famille à la maison, pour faire la fête, sans lui.


Je n’avais plus de place dans le lave-vaisselle. Je décidais donc de jeter les détritus à la poubelle, et de nettoyer le reste de la vaisselle à la main. Mais avant cela, je partis me changer.


Je n’avais même pas vu que Quentin était rentré. Il avait l’air de bonne humeur.

- Tu fais la vaisselle dans la salle de bain, maintenant ?


- Oui. Il faut que j’astique l’évier de la cuisine. Il est très sale. J’ai fait beaucoup de cuisine aujourd’hui.

- Et bien ! Tu vas me raconter ça !


- Viens. On va discuter dehors.


- Tu as passé une bonne journée ? demandai-je à mon mari.

- Oui, excellente !


Je n’en avais en réalité, rien à faire. Mais je me devais de faire bonne figure.

- Le contrat sur lequel je travaille depuis des mois a été validé ! Et c’est mon contrat !


- C’est une très bonne nouvelle.

- Bien sûr. Et toi ? Tu as fait de la cuisine aujourd’hui m’as-tu dit ?


- Oui j’ai essayé différentes recettes de Cuisine TV. J’y ai passé beaucoup de temps.

- J’espère que ce sera meilleur que leur recette de soupe de palourdes !


- Tu verras dans le frigo. Il y a du poulet rôti, de la tempura aux légumes, un plat de fruits de mer avec des tortillas et des saucisses aux poivrons.

- Tu ne t’es pas ennuyée dis-moi ! Je vais aller prendre une douche, et je vais voir tout ça ! On mange ensemble ?


- Non. Je n’ai pas très faim. Je t’avoue que j’ai goûté tous les plats pour m’assurer qu’ils soient à ton goût...

- Tu as très bien fait. A tout à l’heure.


J’avais surtout bien profité, dans la journée, de tous ces plats présents au buffet, et que j’avais commandés chez un traiteur ! Mais chut...


Mon téléphone se mit à vibrer alors que Quentin n’avait pas encore franchi le seuil de la porte... C’était Bastien. J’attendis un peu puis je le rappelais. Il voulait savoir si tout allait bien.

- Oui tout va bien. Ça devrait aller pour ce soir, ne t’en fais pas... Oui, moi aussi. Bonne nuit.



- Tout m’a l’air vraiment très bon dans le frigo ! J’ai eu du mal à choisir...

- Et pour quoi t’es-tu décidé ?


- Le poulet rôti ! Il me faisait de l’œil !

- Tu m’en diras tant !


- Tu vois, rien ne vaut les classiques ! Je suis heureux que tu aies pensé à me préparer ce plat...


- J’ai dû sentir que tu allais remporter ton contrat !

- En tous cas c’est très bon !


- Je suis touchée que tu me dises cela.

- Mais je sais aussi faire des compliments quand c’est mérité, Michèle.


- Avoue que ce n’est pas souvent !

- Mais au moins ils ont de la valeur !


- Certainement.

- Michèle, tu sais que je vais ramener beaucoup plus d’argent maintenant que j’aie obtenu ce contrat...


- Oui, je m’en doute un peu...

- Nous n’aurons donc plus besoin de deux salaires.


- Ne me dis pas que tu me suggères d’arrêter de travailler...

- Je ne te le suggère pas, je te l’ordonne.


La soirée avait trop bien commencé...

- Tu ne peux pas me faire ça Quentin ! J’adore mon travail.

- Lorsque tu travailles, tu rentres à point d’heure et tu ne fais rien dans la maison. Regarde, aujourd’hui, tu t’es occupée de me faire à manger, et c’est parfait ! Cela ne te fait pas plaisir ?


Je pris le parti d’aller dans son sens afin d’éviter tout conflit, mais je savais que jamais je ne capitulerai sur ce sujet-là. Jamais.

- Oui, c’est vrai que c’était agréable.

- Tu vois ! Donc ma décision est prise. Tu vas démissionner.


De toute façon, sa décision était déjà prise...

- D’accord.

- Très bien. J’aime quand tu m’écoutes. Je n’aurais pas aimé me répéter.


- Et pour te prouver que je ne suis pas ingrat, je vais te faire un gros câlin. Ce soir, tu vas mettre ta jolie tenue de nuit.


J’obtempérai jusqu’au bout car je tenais à avoir la paix.


- Tu es très belle comme ça ma chérie.


Et je me laissai faire, en fermant les yeux...


- Eh bien voilà ! Tu vois quand tu veux !


- Viens dans mes bras. Tu as été une épouse parfaite ce soir. J’adore ça !


- Tu viens ? On va dormir ?

- Je n’ai pas vraiment sommeil. Et j’ai encore l’évier à nettoyer. Ça t’ennuie si je veille un peu ?


- Pas du tout. Moi j’y vais, je suis crevé.

- Bonne nuit. A tout à l’heure.


Je descendis au salon pour appeler ma sœur, Claire.

- Oui tout va bien mais je ne supporte plus qu’il me touche ! C’est de plus en plus compliqué.


- Oui c’est ça. Surtout depuis que j’ai découvert mes sentiments pour Bastien.


- Je ne le supporte plus. Qu’est-ce que tu veux faire ?


Je décidai de me prendre un bain de boue pour évacuer toute la saleté que je sentais sur moi, une saleté certes invisible, mais bien présente. La souillure de la boue me la ferait oublier.


Et effectivement, je me sentis nettement mieux après.


Je me servis ensuite un Perrier-citron. Rien de tel pour se désaltérer.


Seule sur la terrasse, je pouvais laisser vagabonder mes tristes pensées...


Je décidai cette nuit-là, d’aller dormir sur le canapé du bureau.


Je savais que c’était risqué car Quentin s’imaginait avoir passé une superbe soirée en compagnie de son épouse parfaite et, s’il me prenait à dormir sans lui, son sang ne ferait qu’un tour. Mais je ne pouvais plus...


Je mis mon réveil à sonner un peu avant le sien...


Je fus donc réveillée pour rejoindre le lit conjugal à temps.


Le réveil de Quentin sonna une demi-heure plus tard. Il se leva tout guilleret, me trouvant à ses côtés, et ne soupçonna aucune désertion de la couche maritale.


Je ne me levai que lorsque j’entendis la porte d’entrée claquer, annonçant le départ de mon mari pour le travail. Je voulais la paix.


J’allais descendre prendre mon petit déjeuner lorsque Bastien m’appela. Je devais me rendre à la planque. L’agence avait demandé à Bastien de passer la journée à m’entraîner et ce soir, nous avions une mission au Velours Bleu. J’allais encore m’attirer le courroux de Quentin...

- Maintenant ?


- Est-ce que je peux, au moins, prendre mon petit déjeuner avant de partir ?... Ah merci ! A tout à l’heure.


- Génial... soupirai-je en raccrochant. Je vais devoir passer ma journée à faire du sport... Moi qui pensais être tranquille.


 

Lorsque j’arrivai à la planque, Bastien m’enlaça tendrement puis me mena directement à la salle d’entraînement. Nous n’eûmes même pas le temps de discuter.


Je ne pus m’empêcher de râler :

- Heureusement que j’ai pris mon petit déj’ avant de venir !

- C’est pour ça que je t’ai laissé le temps de le prendre !


- Bastien ? C’est quoi cette vitesse ? C’est toi qui as réglé le tapis ?

- Oui. Pourquoi ?


- Il va beaucoup trop vite !

- On m’a dit de t’entraîner. Je t’entraîne.


- C’est beaucoup trop rapide pour moi je t’assure !

- Fais comme tu peux !



- Et bien, je ne peux plus, je vais m’entraîner au yoga. Ce sera plus simple.

- Fais donc ! Je te rejoins quand j’ai fini.


J’aurais voulu qu’il me serre dans ses bras. J’avais besoin de sa tendresse...

- J’y vais alors...


Il me rejoignit quelques temps après...

- Oh mais que vois-je donc ?

- Ça n’est pas le moment, je t’assure !


- Tu te débrouilles de mieux en mieux.

- J’essaye.


- Es-tu consciente de ce que tu es en train de me faire en ce moment ?

- Pas vraiment, non. Je suis un peu occupée.


- Pourtant, tu es merveilleuse. Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais j’aimerais tellement te serrer contre moi...


Les mots, juste les mots. Comme il est incroyable que certains mots vous fassent perdre toute notion de ce qui doit être ou ne devrait pas être... Je me sentis ramollir sous ces mots, extrêmement vulnérable...


Il s’approcha de moi...


Puis il me regarda si intensément que je ne sentis plus mon corps... Quelque chose nous unissait...

- Michèle...


...et il m’embrassa avec tant d’amour que je sentis tout mon être se faire envahir.


Son regard... Son regard alors qu’il me parlait...

- Je te désire... Je te désire tant... Le veux-tu ?

- Oui...


J’étais comme une poupée de chiffon entre ses bras, incapable de dire non. Son corps si chaud...

- Suis-moi...


Nous avions à peine passé la porte de la salle de détente, pour nous retrouver dans le couloir, que Bastien m’embrassa de nouveau, encore plus fougueusement cette fois. J’avais peur de tomber mais il me rattrapa. Je sentais tous ses muscles bander pour me soutenir.


C’est à la force de ses bras qu’il me redressa.


Ses lèvres ne quittèrent à aucun moment les miennes...


- Crois-tu que nous arriverons jusqu’à la chambre ?

- Je ne sais pas...


Il m’embrassa de nouveau, juste devant la porte de sa chambre...


Et nous y arrivâmes enfin !


Il me caressa la joue...


...et me saisit le menton... Bastien connaissait mon appréhension pour ces choses intimes... Je les lui avais déjà confiées. Mais il continua tout de même. Je le sentais sûr de lui.

- N’aie aucune crainte... Tout se passera bien. Tu me fais confiance ?

- Oui...


Je ne pouvais guère dire autre chose. J’étais sous son emprise, une emprise différente de celle que je connaissais avec Quentin, et qui me plaisait beaucoup. Pourtant, j’appréhendais la suite... Je terminai malgré tout près de lui, confiante.


Et cela dura longtemps...


...très longtemps...


...très, très longtemps...


...si longtemps que lorsque ce fût fini, j’étais encore dans un nuage de coton...

- Mon amour, tu es extraordinaire. J’avais tellement peur de te faire mal... de ne pas être à la hauteur.

- Tout s’est bien passé, je te rassure. J’aurais juste besoin de m’asseoir un peu... Je me sens bizarre...


Certainement l’amour... Maman me l’avait dit... (« si tu aimes vraiment, tu finiras par apprécier » ...) Mais ce ne fut pas avec Quentin...

- C’est parce qu’on s’aime mon amour ! C’est beaucoup plus fort. Ne tremble pas ainsi. Allons-nous asseoir dans le sauna.


Et il m’embrassa encore...


- Je t’aime Michèle... Je t’aime, je te désire. Je te veux toute à moi...


Et nous repartîmes pour un moment rien qu’à nous...


Un moment qui dura encore très, très longtemps... Bastien me mettait dans tous mes états...


- Ma Michèle, je t’aime tant...


- Moi aussi... Tellement...

- Je t’aimerais rien qu’à moi...


- Je suis à toi, vraiment.

- Non... tu es mariée et je dois te partager...


- Mais c’est toi que j’aime, pas lui...

- Nous en parlerons, tu veux bien ?


- En attendant, je te ferai bien un petit massage. Tu es d’accord ?

- N’hésite surtout pas...


- Je me sens tellement bien avec toi, Bastien.

- Je te retourne le compliment. Je n’ai jamais été aussi heureux


- Tu es la femme de ma vie, la seule, l’unique.


Nous décidâmes d’aller prendre une douche. Bastien était déjà habillé lorsque je le rejoignis dans le petit bureau. En me douchant, j’avais eu le temps de faire mon examen de conscience.

- J’ai trompé Quentin...

- Oui...


- Et j’ai quand même réussi à me regarder dans un miroir...


- Encore heureux !

- Je me fais pourtant l’effet d’être un monstre.


- M’en voudrais-tu de t’avoir attirée ainsi vers moi ?

- Absolument pas. Je n’ai jamais dit une chose pareille.


- Alors demande-toi qui est le monstre et qui, en te faisant perpétuellement souffrir, t’a conduite à chercher ailleurs ce que tu n’avais pas chez toi...

- C’est un peu vrai, ce que tu dis.


- C’est complètement vrai, tu veux dire ! Arrête de te culpabiliser s’il te plaît.

- Je vais essayer...


- En attendant, je vais aller m’habiller.

- On se rejoint sur la terrasse. Je vais descendre.


Quentin nous avait préparé deux verres de vin.

- Viens prendre un verre et te détendre...


- N’étions-nous pas tenus de nous entraîner toute la journée ?


- Ne l’avons-nous pas fait ? Je t’ai juste entraînée différemment, pour mon plus grand plaisir...


- Alors, je trinque à la femme la plus délicieuse au monde.


- Tu m’as tout donné aujourd’hui, même ton âme, j’en suis conscient.


- Alors je te promets en retour de toujours t’aimer, et de ne jamais te faire de mal.

- Merci Bastien.


- A nous, mon amour !

- A toi !


- On ne m’a jamais rendu un tel hommage... Tu es surprenant.

- J’espère que je te surprendrai encore longtemps comme ça.


- Aujourd’hui, tu m’as rendu vraiment très heureux.

- Je le suis aussi.


- J’aimerais que tu fasses quelque chose pour moi. Je sais que ça risque d’être compliqué mais essaye quand même : ne te donne plus à lui, s’il te plaît. Pas après ce que nous avons vécu...

- Ce que tu me demandes n’est pas facile, mais je vais tout faire pour ça. Je ne supporte plus depuis longtemps qu’il me touche.


- Je te remercie... J’aurais trop de mal à t’imaginer avec lui.

- Ne t’en fais pas. On va tout faire pour éviter ça.


- Au moins, dans cette vie-là, tu es ma femme !

- C’est vrai. Et si nous allions nous changer ? Une mission nous attend !


 

- Tu es merveilleuse, comme d’habitude, ma chérie.


Nous arrivâmes quelques instants plus tard au Velours Bleu.

- Notre cible a complètement changé d’allure. Ce n’est plus un papi mal habillé, mais quelqu’un d’autre. Toi qui l’as déjà vu plusieurs fois, peut-être le reconnaîtras-tu...

- Je vais observer et j’espère que je viendrai à ton secours, Monsieur Vaughn.


- Il paraît qu’il aurait fait une importante chirurgie esthétique, et il a retrouvé son visage jeune...

- C’est déjà un indice. Nous verrons bien. Tu ne te rappelles pas de lui ?


- Je me souviens que tu me l’as montré une fois au Majestic mais je n’avais d’yeux que pour toi à ce moment-là... Je ne sais que ce n’est professionnel mais j’ai failli, que veux-tu...


- En tous cas, je pense que ce n’est pas cette fille qui est en train d’arriver ! Ou alors, il aurait vraiment fait un relooking total !


- Ton relooking à toi est parfait. Que tu sois blonde ou châtain, tu restes si belle...

- Baptiste ! Soyons sérieux, nous travaillons là !


Le pianiste continuait à jouer des airs jazzy. Un homme vêtu d’un costume-short, avec une crête, venait de rentrer. Bastien parlait encore tout fort tandis que je scrutais l’homme du coin de l’œil.

- Que veux-tu ma chérie ! C’est ça l’amour.


L’homme tourna la tête et je le reconnus immédiatement. Le regard ne trompe pas et la chirurgie esthétique ne peut l’effacer. Je me mis à chuchoter.

- Au fait, je ne te l’ai pas dit, mon amour, mais notre colis est arrivé.


Bastien comprit tout de suite.

- Tu es merveilleuse. Je savais que tu pouvais faire des miracles.

- Que ne ferais-je pour toi...


L’homme s’approcha puis partit vers le bar. Je sais qu’il nous avait lui aussi reconnus, même s’il ne savait pas qui nous étions.

- Justement. Nous devrions rentrer à la maison. Nous y serions plus tranquilles...

- J’aurais tellement aimé rester un peu...


- Tu sais que ce n’est pas possible, n’est-ce pas ?

- Je sais. Mais j’aurais tout de même aimé...


- Nous le ferons. Une autre fois. Pour le moment, il ne faut pas t’attirer d’ennuis.


- Allez, sortons...


Avant de sortir, je repérai une femme avec un petit short rouge qui venait de rentrer et se dirigeait d’un pas décidé vers le bar. Je l’avais déjà vue en train de discuter avec notre cible.

- Tu as vu cette femme qui est arrivée en dernier ?

- Oui. Tu l’as reconnue, toi aussi ?


- Je n’ai pas envie de rentrer, je veux savoir ce qui se passe... Je suis si bien avec toi... Même pour le travail.

- Je sais mais tu dois rentrer chez toi maintenant qu’il n’est pas encore trop tard. Je n’aimerais pas que Quentin s’en prenne à toi.


- Je t’aime. Et ne t’en fais pas pour la femme. Je vais retourner au bar pour voir ce qu’elle fait.


- Oh Baptiste ! Je n’oublierai jamais cette journée. Tu m’as fait revivre, mon amour.


Je sentis son regard sur moi alors que je m’éloignai...


Sur le chemin du retour, j’appelai Olivier pour qu’il rentre à la maison avec moi. Je lui expliquai rapidement que j’avais passé la soirée avec Bastien, et que je ne voulais pas subir le courroux de mon mari. J’avais très peur. Je passai ensuite vite fait à la S.I.M.S. pour retrouver mon look « normal », puis retrouvai mon frère à quelques pas de chez moi. Nous arrivâmes ensemble. Quentin m’attendait sur la terrasse... Olivier joua le jeu...

- C’était une très belle soirée. Dommage qu’on ne se voie pas plus souvent.

- Veux-tu rester un peu ?


Nous faisions mine de n’avoir pas vu Quentin...

- Avec plaisir.

- Viens. Allons nous asseoir sur la terrasse.


- Quentin ! Tu es là mon chéri ?

- Bien sûr. Je t’attendais.


- Et tu es avec ton frère !

- Oui. Olivier m’a raccompagnée...

- Tu as bien vu que j’étais là, il me semble. Tu pourrais au moins me dire bonsoir au lieu de ne t’adresser qu’à ma sœur... Ma présence te dérange ?


- Absolument pas.

- Tant mieux. Parce qu’il ne faudrait peut-être pas oublier que cette maison était la maison de mon père !


Je me sentais très mal à l’aise... Quentin s’écrasait devant mon frère, telle une pauvre lavette, et mon frère commençait à bouillir de plus en plus. Je le connaissais, et je ne voulais pas qu’il m’échauffe mon mari.

- Bien sûr que non voyons.

- Quentin n’a jamais dit une telle chose, dis-je à Olivier

- Tu le défends parce que tu le crains et ça, ça ne me plaît pas du tout.


- Olivier, je t’en prie...

- Michèle, ton mari ne veut pas me voir chez vous. Pas plus que Charles ou Claire, ou le reste de la famille. Cela te semble normal ?


- Qu’as-tu dit à ton frère pour qu’il pense une chose pareille ?

- Rien. Je n’ai absolument rien dit...

- Il n’y a pas besoin de dire quoi que ce soit. Il suffit d’observer, c’est tout. Et j’observe.


- Et tu observes quoi exactement ?

- Olivier... Calme-toi s’il te plaît...

- Ce que je vois, c’est que tu oses faire subir à ma sœur une maltraitance psychologique sans nom...


- Et où es-tu allé chercher ça ?

- Olivier...

- J’observe. Je te l’ai dit. Et je te dis aussi qu’il vaut mieux pour toi que tu fasses plus attention à Michèle. Elle est ta femme. Alors chéris-la au lieu de l’humilier.


Je sentais que toute cette conversation allait me coûter cher quand Olivier serait parti...

- Tu exagères, tu ne trouves pas ?

- Olivier, arrête... par pitié...

- Je n’exagère pas, et je ne m’arrêterai pas ! Nous avons tous vu ce qu’il t’imposait.


- Olivier...

- Je ne me tairais pas. Quentin, si tu veux voir une fratrie énervée, libre à toi. Charles et Alistair se joindront à moi pour te le montrer. Alors, ne fais plus de mal à Michèle ! Je te mets en garde.


Devant les menaces de mon frère, Quentin battit retraite dans la maison...

- Tu as gagné. Tu es fier de toi ?

- Il ne s’agit pas de gagner ou non. Cet homme te maltraite. Tu ne le vois donc pas ?


- Il est derrière la fenêtre... Je ne peux pas te répondre...

- Te rends-tu compte que cette situation est invivable ?


- Je crois qu’il est temps que tu partes... Il faut que j’aplanisse les angles, maintenant.

- Je n’ai pas envie de te laisser seule avec lui.


- Il le faut bien pourtant. Je vais essayer de minimiser les dégâts que tu as commis...

- Je suis désolée Michèle. Mais je ne pouvais vraiment plus me taire.


- Je le sais bien. Mais tu y es allé fort...

- Appelle-moi s’il y a quoi que ce soit. Tu promets ?

- Je te le promets.


Je savais que Quentin était en train d’attendre le départ d’Olivier...


Je surpris son regard derrière la fenêtre de la cuisine ; je savais que les choses allaient mal se passer.


- Hou ! Je ne sais pas ce que je vais te faire !


- Qu’as-tu dit à ton frère ?


- Je ne lui ai rien dit...

- Tu mens !!!


- Sinon, pourquoi se permettrait-il de venir chez nous pour me donner une leçon sur la façon de me comporter avec ma femme ?


- Peut-être qu’il a vu combien tu étais violent...

- Violent ? Tu veux vraiment que je te montre ce que c’est ?


- Oh mais arrête ! Je n’en peux plus !

- Toi, tu n’en peux plus ?


- Parfaitement ! Tu n’arrêtes pas de hurler pour un oui, ou pour un non.

- Parce que ton frère qui me donne des leçons, ce n’est rien peut-être ? Parce que tu es encore rentrée à point d’heure, ce n’est rien ça non plus ?


- J’étais avec ma famille !

- Si je t’ai demandé de démissionner de ton travail pour que tu sois à la maison le soir, ce n’est pas pour que tu ailles faire des soirées dans ta famille !


- Mais qu’est-ce que tu racontes encore ?

- D’ailleurs, ça en est où cette histoire de démission ?


- Je n’ai pas encore eu le temps de m’en occuper.

- Tu plaisantes ?


- Tu as intérêt à t’en occuper ! Et très vite même !

- J’ai d’abord quelques dossiers à terminer.


- Je m’en fous de tes dossiers à terminer ! Je veux que tu démissionnes !


- J’ai bien compris... Moi j’en ai assez, je vais dormir chez mon frère.


Quentin se calma instantanément.

- Tu comptes repartir ce soir ?

- Oui. Je ne supporte plus tes cris...


- Ne sois pas idiote. Je ne crie plus, c’est promis.

- J’ai envie de passer une soirée tranquille et sans dispute.


- Michèle ! Je t’ai dit que je ne crierai plus !


- On se voit demain Quentin.


Dès que je me fus éloignée, j’appelai Olivier pour lui raconter ce qui s’était passé, lui dire que j’avais dit à Quentin que je passerai la nuit chez lui, et l’informer que j’allais chez Bastien.


 

Bastien m’ouvrit tout de suite.

- Michèle ! Si tu es là, c’est que ça ne va pas...


- Il est de plus en plus fou !

- Ça, je n’en doute pas !


- Allez viens, il est tard. Il va falloir que tu te reposes, et moi aussi. Je viens à peine de rentrer.


Il me conduisit jusqu’à une chambre, située à l’étage, et nous nous assîmes sur un canapé.

- Tu te rends compte, il veut que je démissionne ! Il ne lâche pas l’affaire...


- Il ne lâchera pas. Il te veut à sa disposition. Te voir au travail ne l’intéresse pas.

- Je n’en peux plus. Il me met une pression continuelle, sur tout et n’importe quoi.


- C’est à toi de faire en sorte que ça s’arrête. En attendant, tu pourras dormir ici cette nuit.

- Merci Bastien.


- Bonne nuit ma chérie.

- Tu ne restes pas avec moi ?


- Non, je pense que tu as besoin d’être seule pour pouvoir réfléchir. Si je suis là, je t’en empêcherai forcément !

- Mais j’ai besoin de toi !


- Je ne serai pas loin ! N’oublie pas que tu es chez moi.

- Très bien.


- J’ai vraiment envie que tu arrives à prendre une décision. Tu ne peux pas continuer ainsi et cette décision, il n’y a que toi qui puisses la prendre.

- Je sais bien où tu veux en venir, mais ce n’est pas si facile que ça.


- Tu ne l’aimes plus, que je sache !

- Non. Evidemment.


- Le reste ne sera donc plus qu’un nouveau mauvais moment à passer. Mais dis-toi que ce sera le dernier. Penses-y vraiment. Et rappelles-toi, tu es plus forte que lui. Tu es plus entraînée. Il ne peut rien te faire. Un coup de toi et il s’effondre.

- Je vais y penser.


- Bonne nuit, Bastien.

- Bonne nuit, mon amour.


Je me retrouvai donc seule dans cette chambre, qui avait dû être celle de ses parents. Elle avait une salle de bain privative et une jolie vue sur l’extérieur.


Je restai un moment devant la fenêtre à réfléchir à ce que m’avait dit Bastien, sachant qu’il avait raison, puis je me décidai à aller au lit.

Je m’endormis aussitôt d’un sommeil de plomb.


Le lendemain, je fus réveillée par le lever du jour. J’allai immédiatement prendre une douche.


Je venais à peine de m’asseoir que Bastien pénétra dans la chambre.

- Bonjour mon amour. Tu as bien dormi ?

- Oui. D’une traite !

- J’en suis heureux. Tu viens prendre le petit déjeuner ? Je t’attends en bas.


- Ça m’a l’air drôlement bon ! C’est toi qui les as préparés ?

- Oui. J’adore cuisiner, figure-toi !


- Je l’ignorais.

- Nous avons encore tellement de choses à apprendre l’un de l’autre.


- Et j’aimerais tellement que nous puissions le faire très vite.

- Bastien, j’ai beaucoup réfléchi hier soir...


- Et ?

- Je vais le faire. Je vais demander le divorce. Je ne sais pas encore comment, mais je vais le faire.


- Tu ne sais pas à quel point cela me fait plaisir !

- Je te tiendrai au courant quand ce sera fait.


- Merveilleux. En attendant, je file au BAMUS. Le chef veut me voir.

- Tu ne changes pas d’affectation au moins ?